Ohana, Maurice

France
1913
1992

Initié par sa mère au «cante jondo» espagnol, il écoute aussi, avec fascination, tout enfant, les improvisations des musiciens berbères au Maroc : il n'oubliera jamais ses premiers contacts avec la musique, qui l'influenceront durablement. Après avoir reçu un début de formation musicale à Barcelone (1927-1931), il monte à Paris, où, tout en étudiant l'architecture, il travaille le piano avec Lazare-Lévy, le contrepoint et l'harmonie avec Daniel-Lesur. Après la guerre, à laquelle il participe sous l'uniforme britannique (Afrique, Egypte), il se retrouve en 1944 à Rome, où il se lie avec le compositeur Alfredo Casella et la jeune école italienne. C'est alors qu'il compose ses premières oeuvres (1944-46).

De retour à Paris en 1946, il participe à la fondation du groupe «Zodiaque», qui se donne comme manifeste la défense de la liberté de langage contre toutes les «tyrannies artistiques», visant en particulier le dogmatisme de l'école sérielle. C'est dans cet esprit d'indépendance qu'est créée, en 1950, une de ses oeuvres majeures, le Llanto por Ignacio Sánchez Mejías, influencé à la fois par Manuel de Falla et le «cante jondo» espagnol. Il poursuit l'élaboration de son langage personnel, marqué à la fois par un refus de tout intellectualisme et une fidélité à la tradition espagnole et aux rythmes africains, qui s'exprime notamment dans les Cantigas (1953-54), et les Etudes chorégraphiques pour percussion (1955). Poursuivant son exploration de l'univers sonore, il mène des recherches sur les micro-intervalles (quarts de tons, tiers de tons), qu'il utilise notamment dans le Tombeau de Debussy (1962).

Cris, pour choeur a capella (1968), marqué par l'expérience de la musique électroacoustique, constitue une nouvelle étape de son activité créatrice, bientôt suivie d'oeuvres majeures comme les 24 Préludes pour piano - hommage à Chopin - créés par le pianiste Jean-Claude Pennetier en 1973, l'Anneau du Tamarit pour violoncelle et orchestre, inspiré par le poète Garcia Lorca (1976), les Lys de madrigaux pour voix de femmes et ensemble instrumental, ou la Messe (créée au festival d'Avignon en 1977), qui cherche à renouer avec la liturgie des premiers temps chrétiens.

La musique de Maurice Ohana, qui puise ses sources dans la tradition ibérique et nord-africaine tout en ayant recours à des modes d'expressions résolument contemporains (micro-intervalles, électroacoustique), est celle d'un indépendant, épris de liberté et d'amour de la vie ; c'est une des plus originales de notre temps.

Oeuvres